Les vertus discutables des circuits courts

Dans le prolongement de la rencontre avec Greta Tommasi, qui s’est déroulée en mars à l’ancienne école de Borce, nous vous proposons de lire cet article qui propose un regard critique sur le développement des circuits courts (vente directe, AMAP) en milieu rural.

Cet engouement médiatique et politique [pour les circuits courts de proximité] reflète les nombreuses vertus économiques, sociales et environnementales prêtées aux circuits de proximité dont certaines rencontrent les questions de précarité en milieu rural. Ils permettraient aux agriculteurs de redorer une image qui a pu être entachée par divers scandales sanitaires et par la dénonciation de pratiques environnementales peu compatibles avec les nouveaux impératifs écologiques. Les circuits de proximité sont également censés recréer du lien social en réponse au problème d’isolement. Enfin, ils contribueraient à créer de l’emploi et à rehausser les revenus d’une des professions les moins bien rémunérées en France dans un contexte de baisse régulière de la part de l’alimentaire dans le budget des ménages. Ainsi, en 2010, les ouvriers agricoles sont les ouvriers les moins bien rémunérés avec un niveau de vie mensuel de 1 431 € contre 1 521 en moyenne pour l’ensemble des ouvriers, de même que les retraités agricoles, avec un niveau de vie moyen des anciens agriculteurs exploitants de 1 482 contre 1 913 € pour l’ensemble des retraités (Observatoire des inégalités, 2013).
Si ces vertus sont partiellement vérifiées lorsqu’elles sont mises en perspective dans le contexte limousin, leur analyse soulève néanmoins quelques paradoxes en matière de précarité. […] Par ailleurs, en termes de liens sociaux au sein des populations rurales, des travaux récemment menés en Limousin (Richard et al., 2014) montrent que les circuits de proximité concernent souvent des consommateurs et des producteurs de catégories socioprofessionnelles (CSP) supérieures plutôt que des précaires, confirmant ainsi les travaux de Mundler (2007). Loin de rapprocher le consommateur du producteur, les circuits de proximité rapprocheraient un certain type de consommateurs d’un certain type de producteurs, et concerneraient sensiblement moins les populations les plus fragiles.

Marius Chevallier, Julien Dellier et Frédéric Richard, « Les vertus discutables des circuits de proximité au regard de la précarité en milieu rural. Le cas du Limousin », Revue POUR, 2015/1.


Cet article est disponible en accès payant ici.

Ces mêmes chercheurs de l’université de Limoges ont publié, sur le même sujet, un article plus technique en accès libre, que vous trouverez ici.

Le sociologue Jean-Baptiste Paranthoën est l’auteur d’une thèse sur les AMAP, dont il a tiré la matière d’un article paru dans la revue Agone en 2013, que vous pouvez consulter ici.

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