Migration, environnement et gentrification

Greta Tommasi, invitée du cycle de rencontres le samedi 17 mars, est l’auteure, avec deux collègues limousins, d’une étude du rapport à l’environnement des nouveaux habitants du plateau de Millevaches. Nous vous en proposons un extrait. Vous pouvez en consulter le texte intégral ici.


À l’image de la plupart des autres territoires limousins, cet espace bénéficie depuis quelques décennies de flux migratoires non négligeables. Ils se composent d’individus et ménages qui par leurs profils et pratiques modifient profondément la, ou plutôt, les sociétés locales. Parallèlement, les relations « à la nature et aux ressources naturelles » et plus généralement à l’environnement évoluent sensiblement dans les campagnes françaises. […] Comme ailleurs, son attractivité migratoire se nourrit de représentations plus ou moins idéalisées de la nature et autres aménités environnementales, représentations ici empruntes d’images propres aux zones d’altitude et à leur climat rigoureux. […]

Au regard des différentes formes et combinaisons de capitaux (financiers, culturels, sociaux) mobilisables par au moins une partie des nouveaux habitants, les recherches exposées ont conduit à reconnaître la présence de différentes catégories de gentrifieurs. Si certains d’entre eux pourraient être apparentés à des gentrifieurs « mainstream », d’autres, les altergentrifieurs, relèveraient probablement plus de la catégorie des marginal gentrifiers identifée outre-Manche. Dans tous les cas, qu’il soit perçu à travers sa seule fonction de cadre de vie paysager et esthétique, ou plutôt comme une ressource, un potentiel susceptible d’être exploité pour mettre en œuvre un projet de société vertueux du point de vue écologique, l’environnement occupe une place fondamentale dans la démarche migratoire et l’investissement des greentrifieurs dans la production du territoire.Cependant, en dépit d’observations concordantes, le processus de gentrification reste beaucoup moins avancé et/ou massif que ce qu’il a pu être observé ailleurs. Concrètement, s’il reste assez diffus, il se traduit parfois par l’existence de « poches » de gentrification perceptibles parce que cristallisées autour de parties de villages, voire de hameaux, qui sont intégralement investis par de nouveaux habitants présentant les caractéristiques socio-culturelles de potentiels gentrifieurs. En outre, à l’échelle de la Montagne limousine, ou du PNR, les dynamiques sont inégales. Ainsi, le terrain de Plateau-Vassivière émerge comme un pôle marqué par une altergentrification significative dont l’influence s’exerce sur les autres secteurs, parfois par l’intermédiaire de relais locaux (individus ou associations). Si les dynamiques induites par ces acteurs peuvent cohabiter avec les aspirations et entreprises des gentrifieurs plus conventionnels ou avec la population locale, des tensions peuvent également survenir. En ce sens, l’épisode des dernières élections municipales, et la crispation autour d’une ligne de fracture exprimée par de nombreux candidats et électeurs entre « néo » et locaux auraient tendance à nous conforter dans la lecture d’un processus de gentrification rurale.

Frédéric Richard, Julien Dellier, Greta Tommasi, « Migration, environnement et gentrification rurale en Montagne limousine », Revue de Géographie alpine, 102-3, 2014.


Image : F. Richard, J. Dellier, UMR CNRS 6042 GEOLAB – Université de Limoges ­­– 2014

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